Pour le LOSC, une majorité d'élus et les acteurs économiques eurorégionaux, le retard en matière d'infrastructure de type Grand Stade est devenu, on le sait, intolérable et surtout, indigne d'un territoire dont les ambitions internationales sont affichées. Un anachronisme qui, si tout se passe bien, ne sera plus qu'un souvenir en 2010. Nous voilà à la veille d'un mois de janvier pendant lequel les groupes politiques de LMCU vont prendre connaissance - et échanger - sur les termes du projet de Grand Stade sélectionné par la Communauté urbaine. Si les discussions s'annoncent passionnantes d'un point de vue démocratique, les positions de chacun seront lourdes de conséquences si elles sont prises sans une connaissance parfaite de toutes les données nécessaires, ou pour d'autres raisons que l'intérêt collectif.
Pas de grande métropole sans grand équipement
Michèle Demessine, Vice-présidente équipements et réseaux d'équipements sportifs à LMCU, en charge du dossier Grand Stade, le rappelait récemment lors d'un colloque à la Faculté des Sciences du Sport et de l'Education Physique de l'Université de Lille 2 : « au même titre que la culture, le sport de haut niveau s'impose, dans une métropole telle que la nôtre, comme un puissant vecteur de notoriété, d'attractivité, de ressources économiques », et Madame Demessine de citer l'impact international de Lille 2004 pour le versant culturel de son axiome. Identifié dès 2002 dans le schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme, la nécessité d'un Grand Stade dans la métropole ne fait plus de doute pour grand monde. Au même titre que le Beffroi, Euralille ou le métro automatique, l'arène qu'appellent de leurs v½ux (entre autres) les dirigeants du LOSC sera bien, pour la Vice-présidente, un élément identitaire unique pour la métropole. « C'est le cas pour les stades de Milan, Porto, Munich, Manchester... Pourquoi Lille, idéalement situé au carrefour direct d'un bassin d'1,5 millions d'habitants, dans la région officiellement la plus jeune de France, à quelques encablures de Paris, Bruxelles, Londres, n'aurait pas droit elle aussi à son enceinte moderne ? » De fait, la Ville ne l'a toujours pas, au grand dam des acteurs qui comptent dans le monde sportif, économique, politique. Une étude LMCU portant sur 25 agglomérations européennes rassemblant de 1,3 à 3,5 millions d'habitants montre que près de 70% d'entre elles possède un stade d'une capacité supérieure à 50 000 places. 4% de ces agglomérations ont un stade de plus de 40 000 places, 7%, d'au moins 60 000 places. Seules 4% déplorent des enceintes de moins de 40 000 places... dont celle de Lille, le Stadium ne pouvant accueillir qu'à peine 18 000 spectateurs, dans des conditions de confort il est vrai n'attirant guère que les mordus de ballon rond... Et pourtant, que les possibilités de rayonner et de créer l'événement sont nombreuses quand les structures sont au rendez-vous !
Le cahier des charges imposé aux trois groupements pour le Grand Stade opère la synthèse de ce qui se fait de mieux ailleurs, et exige d'optimiser les points faibles des autres grandes structures du même modèle, mais plus anciennes. De fait, les 3 projets présentés sont tout simplement extraordinaires, à tous les niveaux.
Un stade multifonctionnel, une évidence
La multiplication des événements accueillis dans un Grand Stade multifonctionnel assure une fréquentation quasi indépendante des performances du club résidant. Ainsi, d'une saison de football à l'autre, le nombre de spectateurs ne baisse que de 5% quand le club passe en 2ème partie de tableau au classement, souligne Yannick Leborgne, Chef du service sport à LMCU, faisant le point sur un comparatif portant sur 98 stades dans 5 pays. « Surtout, insiste-t-il, un nouveau stade – moderne, confortable, équipé (ndlr : de ce qui se fait de mieux en termes d'accueil, de services, de sécurité) peut générer des hausses de fréquentation allant jusqu'à 60%. » Voilà qui justifie le choix du LOSC comme de LMCU d'un stade de plus de 50 000 places, polyvalent (sportif et culturel) et couvert, pour un accueil tout confort même en plein hiver. Se pose bien sûr la question des événements qu'accueillent les grands stades européens qui, à l'instar du Stade de France, jonglent toute l'année entre les matchs de football et les rendez-vous les plus variés. Un Grand Stade, oui, mais pour quels événements ? L'exemple le plus proche du modèle de Grand Stade du LOSC, c'est celui de l'Aréna d'Amsterdam – près de 52 000 places - première vraie enceinte couverte (le toit est rétractable) en Europe. A côté des 20 matchs de championnats habituels et des rencontres d'UEFA Champions League du club résidant (l'Ajax), environ 70 manifestations s'y déroulent chaque année : une dizaine de matchs de football américain, autant de spectacles d'artistes contemporains, une quinzaine de concerts classiques, une multitude de congrès publics et privés... Au stade de Gelsenkirchen à Munich – près de 54 000 places – les infrastructures (toit rétractable, cube vidéo géant, contrôle électronique de l'accès...) permettent l'accueil de shows indoor pendant 3 jours non stop : biathlon, beach volley... Le carnet de commandes ne désemplit pas depuis 2001. Claude Sobry, Economiste, professeur à la Faculté du Sport de Lille 2, Directeur du laboratoire Sport, identité, culture, confirme : « il ne faut plus raisonner comme il y a 10 ans, tout a changé dans le monde du foot a une vitesse extraordinaire. Toutes les grandes métropoles sont dotées d'équipements multifonctionnels. Chez nous, le choix par les élus d'un Grand Stade de ce type est indispensable ».
La synthèse de ce qui se fait de mieux
Frédéric Delporte est Responsable adjoint Evénementiel et Sponsoring chez Cetelem, partenaire important du Stade de France. Pour lui, un outil comme le futur Grand Stade métropolitain du LOSC s'impose comme un outil de communication et de relations publiques inédit pour les partenaires. Il le rappelait lors de la conférence débat organisé par la Faculté du Sport de Lille 2 : pour Cetelem et tous les autres partenaires du Stade de France (qui n'a pourtant aucun club résidant), l'arène de Saint-Denis est un formidable outil pour les séminaires et autres spectacles d'envergure. La question de sa légitimité, dix ans après sa construction, ne se pose plus depuis longtemps. Et pourtant, sa conception date : il n'a pas de toit et n'est pas modulaire, contrairement au projet lillois ultra moderne sur lequel ont planché Bouygues, Eiffage, Vinci. Ainsi, le Grand Stade du LOSC pourra-t-il accueillir facilement des congrès de 5000 professionnels, des concerts de 30 000 spectateurs, des matchs de Champions League pouvant recevoir plus de 50 000 personnes. Une polyvalence et une modularité qui, contrairement au modèle de Saint-Denis, n'entraîneront pas de surcoût lors de l'organisation d'événements plus confidentiels. Comme pour le LOSC avec le Domaine de Luchin, le cahier des charges imposé aux trois groupements pour le Grand Stade opère la synthèse de ce qui se fait de mieux ailleurs, et exige d'optimiser les points faibles des autres grandes structures. Ainsi, la question du prix des places était-elle au centre des préoccupations de LMCU. Pas question de flambée des prix. Michèle Demessine : « comme indiqué dans la convention signée entre le LOSC et la Communauté Urbaine, le Grand Stade doit rester accessible au plus grand nombre, tout en restant économiquement efficace. L'équilibre des prix ne trouvera pas à Lille sa source dans le modèle anglais, où les prix des places, très élevés, visent à éradiquer le problème du hooliganisme, mais dans le modèle allemand, où les clubs proposent des fourchettes de tarifs adaptés et cohérents. Là-dessus, la stratégie du LOSC est clairE et validée par LMCU. Un équilibre a été trouvé entre les prix des services et loges proposés aux partenaires, et les places des supporters